• Mar 11, 2024
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« On doit tenir aux Marocains un discours de vérité, recommande Ahmed Lahlimi Alami, le haut-commissaire au Plan (HCP). Les réformes seront difficiles à faire passer et nécessitent un consensus national de tous les acteurs (politiques, syndicats, société civile).
Contre-performances en série, aggravation du déficit public et de la balance courante… Le Maroc risque un retour forcé au plan d’ajustement structurel façon années 1980.
« On fonce droit sur l’iceberg », résume un spécialiste marocain de la finance. Engagé dans une crise profonde inhérente à la dégradation de ses comptes publics, le royaume est en effet dans une passe décisive, où la capacité de son économie à calculer juste, à anticiper et à manoeuvrer assez tôt sera déterminante s’il veut amortir le choc et éviter le naufrage.
Avant la crise financière de 2008, le Maroc faisait figure de bon élève, avec un endettement maîtrisé, un faible déficit budgétaire et un équilibre de sa balance courante. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, le prix du baril plombe la balance commerciale, les recettes touristiques s’érodent, les réserves de change s’amenuisent, la dette publique augmente, les déficits courants et budgétaires se creusent… Pour achever le tableau, la baraka n’est même plus là. La mauvaise pluviométrie va entraîner cette année une baisse de 42,8 % de la production céréalière.
Revue à la baisse, la croissance ne devrait pas dépasser les 2,4 % (au lieu des 3,4 % annoncés fin mai et des 4,2 % de la loi de finances, en mars) contre une moyenne de 5 % ces dix dernières années. Elle est essentiellement dopée par les investissements publics, les aides étrangères (Union européenne et pays du Golfe) et la consommation intérieure, avec une forte politique d’incitation au crédit… Un modèle qui a fonctionné avec un prix du baril à 40 dollars alors que ce dernier tourne, en moyenne, autour des 80 dollars depuis trois ans.
Contexte difficile
Le pays va donc être obligé d’engager des réformes audacieuses et de se serrer la ceinture. Déjà, la Banque centrale marocaine intervient pour refinancer les établissements bancaires privés. Le royaume pourrait également emprunter auprès des bailleurs de fonds ou sur le marché international afin de faire face aux dépenses urgentes. C’est dans ce contexte particulièrement difficile que le Parti de la justice et du développement (PJD) et ses alliés ont pris les rênes du gouvernement en janvier. Arrivés au pouvoir en surfant sur les thèmes des valeurs religieuses, de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption, les islamistes ont commencé à faire sauter quelques verrous en publiant la liste des agréments de transport (celles des carrières de sable et des licences de pêche pourraient suivre), autrefois cachés.
Ils ont aussi décidé d’augmenter les prix des carburants pour être en phase avec le marché international, ce que les gouvernements précédents n’avaient pas osé faire. Des mesures certes audacieuses, mais qui ne permettront pas de donner les marges financières suffisantes pour honorer les promesses de campagne (hausse des salaires, aides aux plus démunis).
La mise en oeuvre de la régionalisation demandera également des investissements lourds. « On attend une feuille de route pour assainir les finances publiques et mettre fin aux situations de rente », explique Driss Ksikes, directeur du Centre d’études sociales, économiques et managériales (Cesem) à Rabat. Les investisseurs souhaitent que l’on améliore l’environnement des affaires en s’attaquant au système de corruption et de clientélisme pratiqué par nombre de dirigeants qui se partagent des rentes comme le foncier, l’habitat, le régime des licences et agréments divers.
Rigueur
Autre problème à résoudre, la question des retraites. Sous-financées pendant des décennies, elles doivent être profondément réformées. Rien n’est arrêté, mais les autorités devront probablement augmenter les cotisations, l’âge du départ, et élargir la base des personnes cotisantes.
Jusqu’où ira ce gouvernement ? « Je ne peux pas régler les problèmes de cinquante ans en cinq mois », déclarait en mai Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement. À court terme, le défi est de garantir la stabilité macro­économique en modérant les dépenses et en imposant la rigueur. Pour l’instant, les autorités ne veulent pas prononcer le mot « austérité » et ont tendance à minimiser, voire à nier, les réelles difficultés du pays. Beaucoup craignent un retour forcé au plan d’ajustement structurel (PAS) des années 1980, une période douloureuse.
À son accession au trône, en juillet 1999, Mohammed VI avait pourtant trouvé une situation assainie. Ce qui lui a permis de lancer de grands chantiers portés par de nouveaux ministres – quadras dynamiques aux têtes bien faites – dans les infrastructures, le tourisme, l’industrie, l’immobilier, les banques et les services. Une politique dépensière mais qui a donné des résultats. En dix ans, le pouvoir d’achat des Marocains a doublé. Le pays a fait une entrée de plain-pied dans le monde de la consommation, dont les grandes enseignes (McDonald’s, Carrefour, Metro) sont les vitrines.
Nouveaux débouchés
Aujourd’hui, ce modèle, calqué sur celui de l’Espagne, s’essouffle. « Il faut réorienter la politique économique vers l’industrie, un secteur à forte valeur ajoutée qui, au Maroc, ne pèse que 15 % du PIB, contre plus de 22 % en moyenne dans les pays émergents », précise un industriel français. Il s’agit donc d’attirer de grands groupes, comme Renault à Tanger, Safran, Bombardier ou Airbus à Casa, qui créent dans leur sillage une multitude d’opportunités pour des sous-traitants. Mais pour être vraiment attrayant, il faudra que le royaume gagne en compétitivité. Le coût du travail et les charges sociales sont élevés pour un pays émergent, l’acquisition de foncier est compliquée et onéreuse.
Pour trouver un nouveau souffle, nombreux sont ceux qui appellent aussi à accélérer la réforme agricole, avec la mise en place de pôles agro-industriels, et à poursuivre les politiques de diversification des partenariats économiques vers l’Afrique subsaharienne et les pays du Golfe. La crise européenne doit être l’occasion de chercher de nouveaux débouchés. En une décennie, les échanges avec le Vieux Continent ont baissé de dix points.
« On doit tenir aux Marocains un discours de vérité, recommande Ahmed Lahlimi Alami, le haut-commissaire au Plan (HCP). Les réformes seront difficiles à faire passer et nécessitent un consensus national de tous les acteurs (politiques, syndicats, société civile). » Les autorités n’ont pas d’autre choix que de réussir. Depuis deux ans, les grèves sont quasi-hebdomadaires et la jeunesse se cherche un avenir. La moitié des 15-30 ans, qui représentent 30 % de la population et 44 % de celle en âge de travailler, n’a ni emploi ni cursus scolaire en cours. Une vraie bombe à retardement sociale.
Lire l’article sur Jeuneafrique.com : Est-ce la fin du modèle économique marocain ? | Jeune Afrique Economie | L’actualité économique et financière de l’Afrique

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Il y a une hypersensibilité du Maroc à la pluie. De ce don d’Allah dépendent encore les conditions de vie de 43 % de la population habitant les zones agricoles, qui assurent 15 % de la richesse du royaume. Que les averses fassent défaut et tout le monde voit les vaches maigres de retour. C’est le cas cette année, où le déficit pluviométrique serait de plus de 50 %. Caprices de la météo qui sont pour les Cassandre l’occasion de souligner les fragilités du pays, à savoir l’aggravation des déficits, la croissance du produit intérieur brut, qui plafonnerait cette année à moins de 3 %, les réserves et les exportations en baisse, les 40 % d’analphabètes, le chômage de la moitié des jeunes Marocains, la dépendance à l’égard d’une Europe étranglée par ses dettes et qui consomme nettement moins, y compris des vacances au sud de la Méditerranée. À Casablanca et à Rabat, nombreux sont donc ceux qui broient du noir, certains en rajoutant pour compliquer la tâche d’un gouvernement qu’ils n’aiment guère. Leur scénario pessimiste a des fondements objectifs, mais il en est un autre, en demi-teinte, qui tient lui aussi la route. Fin mai, on redoutait une récolte céréalière de 48 millions de quintaux, contre 88 millions l’an dernier. Elle s’élèverait finalement à 51 millions, en baisse de 42 % certes, mais un peu moins faible qu’attendu. Par ailleurs, hors agriculture, la production ne se porte pas mal du tout et devrait progresser de 3 % ou 4 % en 2012, notamment avec le décollage commercial du monospace Lodgy de Dacia-Renault à moins de 10 000 euros, qui va faire un tabac en Europe. Les exportations de phosphates ne progressent plus guère ? Normal, après que l’OCP a profité de la pagaille du printemps tunisien pour tailler des croupières à son concurrent gafsien – les exportations marocaines affichant une hausse de 62 % en 2011 ! Les investissements étrangers sont en repli de 12 % ? Oui, mais les transferts d’argent des Marocains expatriés continuent de progresser légèrement. Le tourisme connaît un coup de froid ? Oui, mais la construction, l’électricité, le crédit font mieux que résister. La consommation domestique faiblit ? Oui, mais, même ralentie, elle devrait quand même être en hausse par rapport à 2011. Les subventions aux produits de première nécessité pour éviter une contagion du Printemps arabe ont dégradé les comptes publics et la balance commerciale ? Oui, mais le gouvernement a eu le courage d’augmenter de 20 % le prix de l’essence et de 13,6 % celui du gazole pour endiguer ces déficits. On pourrait souligner encore que, depuis la fin de 2011, le recul des cours mondiaux des matières premières, à commencer par le pétrole, va dans le bon sens. Que le regain des prix alimentaires laisse espérer plus d’exportations de phosphates pour la production d’engrais. Que la faible inflation (maîtrisée aux alentours de 2 %, et inférieure à celle de ses partenaires et de ses concurrents) et la légère dévaluation du dirham compensent une productivité insuffisante. Imaginons que les États-Unis continuent leur lente reprise, que la Chine et l’Inde conservent des taux de croissance robustes et que la zone euro rebondisse d’ici à la fin de cette année, les marchés étant enfin rassurés sur sa capacité à honorer ses dettes. Imaginons que le programme Desertec, avec ses hectares de panneaux solaires, se concrétise et que les entreprises marocaines accentuent leur percée au sud du Sahara. Imaginons que les ports de Tanger séduisent de plus en plus d’entreprises internationales. Le pire n’est donc rien moins que sûr. Il n’empêche, le royaume chérifien n’a pas beaucoup de marge de sécurité. Quatre mois d’importations en réserve, ce n’est pas énorme. La carence en cadres intermédiaires, la faible productivité de la main-d’oeuvre, la mauvaise gestion de l’eau, le blocage du foncier, la corruption sont autant de verrous à faire sauter. Les responsables marocains savent comment refonder la protection sociale du pays, conforter la régionalisation, juguler les déficits. Ils ont commencé à aller dans la bonne direction des réformes. Souhaitons que les menaces actuelles les persuadent de presser le pas pour que leur pays ne dépende plus de la pluviométrie ou de l’Europe. Lire l’article sur Jeuneafrique.com : : Maroc : tout n’est pas si noir Analyse Maroc : tout n’est pas si noir | Jeuneafrique.com – le premier site d’information et d’actualité sur l’Afrique

  • 11 Marzo 2024
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Pour que le système marocain et ses institutions soient effectivement réorganisés, des dizaines de textes devront être élaborés et approuvés d’ici à 2016. L’article 86 de la Constitution fixe un délai au gouvernement marocain pour préparer les lois organiques qu’elle prévoit. Elles « doivent avoir été soumises pour approbation au Parlement dans un délai n’excédant pas la durée de la première législature suivant la promulgation de ladite Constitution ». Après les législatives de novembre 2011, la nouvelle Chambre des représentants s’est attelée aux débats et au vote de la déclaration gouvernementale, puis de la Loi de finances pour 2012. Ce qui explique le retard pris dans l’étude des textes les plus importants de la législature 2011-2016. Trois lois organiques ont d’ores et déjà été adoptées depuis l’adoption de la Constitution le 1er juillet 2011. Toutes ont été votées avant le scrutin de novembre. Il s’agit des textes relatifs aux partis politiques, à la Chambre des représentants et à la Chambre des conseillers. La première loi introduite par la nouvelle majorité concerne les nominations aux hautes fonctions publiques. Cette loi n° 02-12 « relative aux nominations aux hautes fonctions en application des dispositions des articles 49 et 92 de la Constitution » répartit les pouvoirs de proposition et de nomination entre le roi et le chef du gouvernement. Après avoir été votée, elle a été invalidée par le Conseil constitutionnel, le 3 juin dernier. Une deuxième mouture de ce texte a ensuite été adoptée début juillet, après une courte navette législative. Batterie de lois-cadres Quatre textes en un an, cela peut paraître bien peu. Car le texte de la Constitution prévoit une batterie de nouvelles lois-cadres pour les parlementaires. Au regard de la faiblesse des débats jusque-là, on peut légitimement se poser des questions sur la procédure de production de ces lois organiques, qui viennent préciser et détailler les réformes annoncées par la Constitution, quand elles ne créent pas de toutes pièces de nouvelles institutions. La Loi fondamentale donne ainsi au Parlement le pouvoir de réorganiser les dispositions gouvernant les commissions d’enquête parlementaires, les droits de l’opposition, les statuts des membres du gouvernement et des magistrats. Le pouvoir législatif devra également préciser les textes relatifs au Conseil de régence, au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, à la Cour constitutionnelle, aux collectivités territoriales, au Conseil économique, social et environnemental. Une nouvelle loi organique de finances est aussi prévue. En outre, c’est aussi au Parlement de mettre en œuvre les innovations apportées par la réforme constitutionnelle. Il s’agit notamment du droit d’initiative parlementaire, du droit de pétition, de la législation du droit de grève, de l’exception d’inconstitutionnalité, du statut de la langue amazighe et du tout nouveau Conseil national des langues et de la culture marocaine. Au-delà de ce catalogue de textes qui revoit de fond en comble l’ordre législatif marocain, le principal enjeu de la réforme sera l’implication des élus des deux chambres dans l’écriture de ces lois, par la proposition de textes, le travail en commission sur la base des projets de lois portés par le gouvernement, en introduisant notamment des amendements aux textes. Le texte de la loi n° 02-12 a notamment fait l’objet d’une bataille féroce en commission des lois, sans qu’aucun des amendements déposés par les groupes parlementaires de l’opposition ne soit retenu. Normal, au regard de la confortable majorité dont dispose le gouvernement et de la solidarité entre députés de cette majorité. Il n’en demeure pas moins que l’absence de débat public a réduit l’intérêt des citoyens pour ce texte pourtant crucial. Garde-fou juridique On peut penser que ces lois organiques, qui doivent toutes êtres validées par le Conseil constitutionnel ne seront pas adoptées dans garde-fou juridique, mais leur importance donne un indice sur le fonctionnement réel du pouvoir législatif. Celui-ci sera testé à l’occasion de dizaines de lois ordinaires qui doivent aussi fixer la composition, l’organisation, les attributions et les règles de fonctionnement des instances consultatives et de contrôle existantes, parmi lesquelles le Conseil national des droits de l’homme, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle et le Conseil de la concurrence. Enfin, d’autres lois devront définir ex nihilo de nouveaux organes : Autorité de la parité et de la lutte contre la discrimination, Instance nationale de probité et de lutte contre la corruption, Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, Conseil consultatif de la famille et de l’enfance, Conseil de la jeunesse et de l’action associative. Passé le mois de ramadan, les députés auront du pain sur la planche. Lire l’article sur Jeuneafrique.com : Maroc : les clés du royaume… | Maroc : le vaste chantier de la réorganisation des institutions | Jeuneafrique.com – le premier site d’information et d’actualité sur l’Afrique

  • 11 Marzo 2024
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